En tant que graphiste freelanceur, j’ai eu la chance de travailler pour énormément de clients ces dernières années. Certes au début, il a fallut cravacher un peu pour se faire un nom, mais une fois tout bien en place, tout s’est enchainé à une vitesse pas possible. Me voilà donc 5 ans plus tard, à faire un mini-bilan des gens que j’ai pu rencontrer grâce à mon boulot. En faisant le tri dans ma liste de contact, j’ai réussi à faire 2 catégories bien distincte. Tout d’abord, j’ai été sollicité par de nombreux clients “Pro” comme je les appelle, ceux qui:

  • Respectent ton travail qui demandent du skill +1000 en arts martiaux
  • Savent qu’un graphiste reste un être humain comme les autres
  • Ont des demandes bien précises mais te laisse faire car “C’est toi le graphiste heun!”
  • Te payent immédiatement une fois le boulot terminé
  • N’hésitent pas à te recontacter, et/ou donner de bon coeur ton contact à d’autres personnes…

Le rêve de toute personne travaillant en freelance en somme. Personnellement quand ce genre de client m’appelle, c’est limite si je ne répond pas avec un grand sourire et ma voix la plus sexuelle tiens!

Mais, il m’est arrivé (malheureusement) de tomber aussi sur l’autre catégorie de clients donc, ceux dont tout les “créatifs” aimeraient bien se passer: les clients “FROM HELL” *tinn tinn tinnnnnnnnn*

Vous savez, ces clients qui:

  • Se permettent de dire que votre travail c’est de la merde…
  • N’arrivent pas à exprimer correctement leurs idées, et qui s’étonnent une fois le visuel envoyé
  • Aiment votre maquette… Mais “il faudrait faire quelques-PUTAINDEGROS-changements!”
  • Vous demandent la Lune, le Soleil et sa soeur: le tout pour dans 2 jours, et se plaignent que le coût final soit élevée à la fin
  • Vous envoient des mails toutes les 4min30 et qui s’emballent si vous n’avez pas répondu pendant 10min
  • Vous payent à moitié 8 mois après et 13408 mails de relances plus tard… voire qui ne vous payent pas du tout!

Bref comme on peut le voir, cette 2ème catégorie de clients fait bien entendu parti de ma liste noire : je ne donne pas suite à leurs -nombreux- mails, et/ou m’arrange pour être toujours extrêmement occupé au bon moment! Malgré tout, grâce à eux, j’ai pu développer quelques nouvelles techniques de compréhension de la langue française et acquérir ce que les vieilles personnes appellent communément: “L’expérience”… ou “le Skillllzzzzz tro dark” en version djeunzz… Je peux désormais flairer le “mauvais” client bien relou à des kilomètres et même avoir le luxe de tout simplement refuser de travailler pour ces mêmes clients!

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Pour l’occasion, et parce que je sais que vous kiffez les listes, voici une petite compilation de Monsieur/Madame basée sur des faits totalement réels et à peine exagérés par moi:

 

• Monsieur “Il faudrait agrandir d’un -insérez ici une unité de mesure totalement wtfeste- le titre!“

Ce type de client n’a apparemment pas les mêmes standards en unité de mesures que le commun des mortels étant allé à l’école. Personnellement on m’a appris à mesurer en millimètres ou centimètres, voire plus tard en pixels/inch. Avec eux,  il n’est pas rare que cela se transforme en “cheveux, poils, pet, degré, carré?, colonne…”. Bien entendu, un “cheveux” pour un client sera différent du “cheveux” d’un autre, sinon ça serait trop facile! Mais à force j’ai pu me créer un genre de lexique spécial “Conversion Cheveux/poils/pet to mm/cm/px”. Je pense même développer et vendre l’application qui va avec bientôt… L’odeur des euros me chatouillent déjà les narines. Putain de concept géniale quand même!

 

• Madame “Peux tu rendre ce rouge un peu plus bleu?”

Le titre parle de lui même… Avec ce genre de client, attendez-vous à avoir des demandes complètement “Whaaaaaaaaat? oO”. Du orange plus vert, du rose moins rose, du bleu plus orangé, un noir un peu plus noir… À cela, bien sûr, s’ajoute le fait que les clients sont généralement équipés d’écrans “Leader Price avec rendu des couleurs version minitel de 1965 babyyyy”; vous vous retrouvez donc avec une équation de type 4e degré à 20 inconnues qui consiste à convaincre une personne qui connait tout mieux que vous, que son rose orangé senteur d’été, une fois imprimé, ne sortira pas pareil que sur son écran parfaitement réglé par son garçon de 9ans qui s’y connait en informatique parce qu’il joue au Sim’s. De toute façon, avec ce genre de client, pas la peine de perdre votre temps à créer une palette de couleur harmonieuse, à expliquer que du Rouge vif sur du Bleu Roi risque d’être illisible, ou encore que vous ne pouvez pas recréer du jaune fluo sur un écran d’ordi, tout cela finira de la même manière à chaque fois: un mélange de couleurs immondes qui se font la guerre sur le visuel… Mon pantonier se retourne régulièrement dans sa tombe… et pourtant il est encore tout neuf!

 

• Monsieur “Je être immigré polonais et pas savoir français parler très bien!”

Cette fois on attaque le type de client qui me revient genre 1 fois sur 3: Le client qui n’arrive pas à s’exprimer correctement. On se plaint toujours que les plus jeunes ne savent désormais plus écrire le français à cause d’internet, mais que dire des gens dans la trentaine qui sont incapable de décrire une simple action comme “Je le préfère plutôt dans un ovale couché”. Surement que pour eux l’idée est claire et ils visualisent parfaitement le résultat désiré, mais dans ce cas, pourquoi moi je reçois plutôt “Fait le dans un rond moins rond mais pas debout” comme consigne?? Alors bon même avec toute la bonne volonté du monde, des fois ya des consignes qui me passent très-très-très largement au dessus. Je pourrais en citer pas mal dans le même genre comme:

“Faut que la fille fasse moins collé” (Traduction: “Il faudrait que la photo de la fille se détache plus de l’arrière plan”),

“C’est un peu triste” (Traduction: ”Peut tu essayer avec des couleurs plus vive?”)

“Met un effet d’ondes sur la page” (Traduction: “Je voudrais que les gens sentent l’air de la mer à la seule vue du visuel!”)

“Faut que ça soit plus parlant, plus généreux, mais c’est pas mal” (Traduction: “C’est de la merde, refait le tout!”)

On ne m’avait pas dit que pour être graphiste de nos jours, il fallait avoir un doctorat en étude de langues étrangères… Personnellement je pense que certaines personnes oublient que nous les êtres humains ne sommes pas reliés par quelconques connections télépathiques. S’ils veulent un poney blanc avec une queue arc-en-ciel et qu’ils me le décrivent comme étant tout SAUF un fucking poney blanc avec une queue arc-en-ciel , il ne faudrait pas s’étonner que j’envoie une image de Nyan-Cat plutôt qu’une image de poney blanc avec une queue arc-en-ciel… (ahah j’ai réussi à placer Nyan-cat dans un article!!) (Achievement Unlocked)

• Monsieur “Je n’ai pas d’idées précises et donc je change d’avis toutes les 10 mins”

J’aurai pu le coupler avec l’exemple du dessus tiens: Ici on parle du client qui vous démarche sans trop avoir d’idées sur ce qu’il va vous demander de réaliser. Pour lui, vous êtes maintenant devenu son petit chinois enfermé dans une cave sombre, qui utilisera tout son temps libre à servir ses moindres désirs… Et je n’exagère à peine. Vous voilà bon pour démarrer une maquette avec quelques vagues indications, vu que de toute façon c’est vous le créatif et donc c’est votre travail de savoir quoi faire… “Je voudrais un truc qui fasse Jeune avec un fond bleu et des oiseaux”… Une fois la première ébauche terminée et envoyée, le cycle infernal se met en place: le client n’aime pas, il vous demande de modifier quelques parties pour voir “si ça rend plus kool”… Puis au final non, il n’aime toujours pas. Par contre il verrait bien la photo placée plus haut, la couleur d’une autre façon et le titre dans une autre typo… et puis non, toujours pas. “Il manque un petit quelque chose” qu’il vous dira, “Teste autre chose”. Puis il arrive souvent que “Ma femme préfère l’ancienne version, vous pouvez faire un mix des 2 pour voir ce que ça donne?”. Ah bah si toute la famille s’y met heun! Vous voilà devant un nouveau jeu:

“Toi aussi: Devine ce que le client pourrait aimer, en te basant sur 4 mails et 2 coups de téléphone!” :D

Généralement, quand le visuel n’est toujours pas validé et qu’on arrive au bout du délai fixé, le client vous demandera de revenir sur la première maquette “Ça sera bon finalement!” Comment on dit encore? Ah oui: #FFFFFUUUU Pour moi et mes nombreuses heures de travail perdues à cause de ces gens. VDM!

 

• Monsieur “Mais pourquoi c’est aussi cher?!”

Bien évidemment la suite logique du client précédent… On vous fait travailler comme un petit vietnamien-dans-une-usine-Nike, jusqu’à des heures pas possible et ce sans vous laisser 3min pour aller pisser un coup. On vous demande de recommencer plusieurs fois le travail demandé, de faire 10.000 déclinaisons du visuel, de vous déplacer pour “mieux travailler sur place en vis-à-vis”, de travailler lors de vos jours de repos, voire de vous couper de tout monde social pendant des semaines: MAIS quand il s’agit de parler paiement pour tout le travail demandé, tout le monde s’étonne de voir autant de chiffre avant la virgule en bas de la facture! Bien évidemment je discute toujours tarifs avant de commencer le boulot, mais certains clients ont cette capacité géniale qui est de devenir amnésique quand cela les arrange… D’autres sont un peu plus malin et essayent de discuter le prix en avançant des arguments très professionnels:

“Mais je pensais que c’était gratuit les trucs en plus vu que c’est le même visuel! -Bien sûr, j’ai juste eu à claquer des doigts pour que le flyer de 10cm deviennent une bâche de 6m”

“Je refuse de payer plus cher parce que tu as dû travailler de nuit un dimanche, fallait travailler la journée! -Évidemment en recevant les infos dimanche à 22h et avec un délai fixé à Lundi 6h, j’aurai dû travailler Vendredi à midi…”

Pour finir, certains autres clients développent, eux, l’art du mensonge et de la mauvaise foi à peine dissimulée: Entre les mails qui se perdent dans l’immensité qu’est l’internet, où les appels qui n’arrivent pas sur leur portable, ni sur leur messagerie ou encore les annulations de rendez-vous à 5 min près… Toute technique est bonne quand il s’agit de ne pas payer quelqu’un. Pour ces personnes, considérer “graphiste” comme étant un métier, un vrai qui demande du temps et une rémunération, est assez difficile apparemment. “C’est trop cher, je fais la même chose avec mon ordi aussi si je veux” est l’excuse qui me revient très souvent… Dans ce cas, POURQUOI démarcher un graphiste? Non mais oh! *Ouate de phoqueeee*

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Bref j’arrête ma liste ici avec ces 5 exemples of the lulz du clients de l’enferrrrrrr qui brûle! Je reviendrais avec la “Part TOU” qui s’annonce tout aussi WTF bientôt \o/

Certains gentils clients peuvent se retrouver dans une des catégories ci dessus quelques fois, mais ils sont tellements sympa que je le leur pardonne facilement! Nul n’est parfait heun. Et que celui qui n’a jamais été un client “chiant” quelques fois me jette le premier Pierre…

Pierre-pierre-pierre-pierre

Bien entendu, je ne cherche pas à dénigrer qui que ce soit ici, ni à me foutre ouvertement de leur gueule (quoique pour certains je devrais…). Je tenais juste à montrer aux gens qu’être freelance peut être très très chouette souvent, comme très-über chiantasse des fois! Un peu comme tous les métiers du monde quoi… Bah woui, on échappe pas à la règle, et ce, même si on reste chez nous à travailler en caleçon et chaussettes et qu’on se réveille à 14h! :D

 

Illustrations from : Freelance Switch – Je me retrouve tellement dans ces strips que j’aurai pu les dessiner (fin… si je suxxais pas en dessins!)

Et sinon dans le même genre vous pouvez lire: How a webdesign goes straight to hell! de chez The Oatmeal :)